Guillaume Allègre & Muriel Pucci
Séminaire IRES-OFCE
vendredi 13 juin 2025
Propos introductif
1. La reprise d’emploi est toujours rémunératrice mais de façon hétérogène
2. L’emploi ne protège pas toujours de la pauvreté
3. Le revers des incitations est l’augmentation de l’intensité de la pauvreté des personnes sans emploi
4. Peut-on dépasser les dilemmes du système social ?
La réponse à une commande d’Alternatives Economiques :
https://www.alternatives-economiques.fr/non-on-ne-gagne-plus-allocations-quen-travaillant/00112653
Rapport Hirsch (« Au possible, nous sommes tenus », 2005) :
Proposition d’ACR (Roger Godino : Pour une réforme du RMI, 1999), ici en entretien (2003) :
On peut dégager trois objectifs de la SNPLP (en réalité, les mêmes que dans le rapport Hirsch) :
Faire en sorte que le travail paye et de la même façon dans tous les cas
Faire en sorte que le travaille permette d’échapper à la pauvreté
Garantir un soutien financier aux ménages modestes
en lien avec le préambule de la constitution : « Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence »
Propos introductif
1. La reprise d’emploi est toujours rémunératrice mais de façon hétérogène
2. L’emploi ne protège pas toujours de la pauvreté
3. Le revers des incitations est l’augmentation de l’intensité de la pauvreté des personnes sans emploi
4. Peut-on dépasser les dilemmes du système social ?
Figure 4: Revenu disponible après coût de garde selon le revenu professionnel et la configuration familiale
Propos introductif
1. La reprise d’emploi est toujours rémunératrice mais de façon hétérogène
2. L’emploi ne protège pas toujours de la pauvreté
3. Le revers des incitations est l’augmentation de l’intensité de la pauvreté des personnes sans emploi
4. Peut-on dépasser les dilemmes du système social ?
Propos introductif
1. La reprise d’emploi est toujours rémunératrice mais de façon hétérogène
2. L’emploi ne protège pas toujours de la pauvreté
3. Le revers des incitations est l’augmentation de l’intensité de la pauvreté des personnes sans emploi
4. Peut-on dépasser les dilemmes du système social ?
Propos introductif
1. La reprise d’emploi est toujours rémunératrice mais de façon hétérogène
2. L’emploi ne protège pas toujours de la pauvreté
3. Le revers des incitations est l’augmentation de l’intensité de la pauvreté des personnes sans emploi
4. Peut-on dépasser les dilemmes du système social ?
Si les personnes en emploi restent pauvres malgré les allocations et les incitations… c’est qu’elles partent de trop bas. Il est possible de concilier les trois objectifs - travail rémunérateur, travail permettant de sortir de la pauvreté et niveau de vie minimum suffisamment élevé - en relevant le montant des prestations de solidarité (RSA et aides au logement) et en gardant un minimum d’incitations. Le socle RSA pourrait être revalorisés de telle sorte qu’un foyer sans emploi atteigne 50 % du niveau de vie médian
Cette réforme est celle qui permettrait d’atteindre les trois objectifs à la fois de manière cohérente. Elle est également la plus juste dans la mesure où elle réduit fortement les inégalités avec, probablement, de très faibles coûts en termes d’efficacité et d’emploi (voir par exemple Bargain, 2014 et Simmonet et Danzin, 2014).
Mais cette réforme est aussi la plus coûteuse. Comme le montre notre simulation (voir encadré) augmenter le socle à 900 euros avec une légère baisse du taux de cumul de la prime d’activité aurait un coût d’environ 24 milliards d’euros pour les pouvoirs publics, dont 11 milliards de RSA et 13 milliards de prime d’activité. Le dilemme entre redistribution et incitation est en fait un triangle d’incompatibilité entre redistribution, incitations monétaires et coût budgétaire (Bozio et Grenet 2017).
Le problème est insoluble : pour protéger de la pauvreté, il vaut mieux inciter au temps-plein ; mais pour réduire directement la pauvreté laborieuse, il vaut mieux donner plus aux travailleurs à temps-partiel, qui ont des niveaux de vie plus faibles.
A la redistribution et l’incitation, s’ajoute un autre objectif : rémunérer le « mérite ». Deux philosophies s’opposent. Selon la première, le travail à temps-plein doit payer. Il faudrait créer une norme de temps-plein, forme d’emploi la plus propice à réduire la pauvreté. Selon la seconde philosophie, chaque heure de travail doit payer, c’est-à-dire mérite une hausse du revenu disponible. La volonté de créer un écart de revenus à la fois entre l’inactivité et le mi-temps et entre le mi-temps et le temps-plein crée une pression à la baisse sur le niveau des revenus d’assistance.
Faut-il privilégier le soutien aux bas-salaires via le Smic (les salaires) ou via la prime d’activité et ses bonus individuels renforcés à la suite de la crise des gilets jaunes ? Smic et prime d’activité ne sont pas équivalents car la prime d’activité n’est pas un salaire :
— Le salaire est totalement individualisé : le bénéfice de la prime pour un travailleur à bas salaire dépend de la composition de sa famille, du montant et de la nature des revenus de son conjoint
— Le salaire est plus prévisible pour les travailleurs. Ils peuvent difficilement anticiper le montant de la prime d’activité compte tenu de son mode de calcul et des risques d’indus et de suspension/rappels
— le salaire procure des droits sociaux : le taux de remplacement au chômage ou à la retraite est réduit pour les bénéficiaires de la prime si l’on raisonne en revenus nets.
Selon le principe de Tinbergen, lorsqu’il y a deux objectifs distincts, ici la lutte contre la pauvreté et les gains à l’emploi, il faut affecter à des instruments distincts la poursuite de ces objectifs. Dans cette optique, on pourrait considérer que le RSA et une prime d’activité entièrement familialisée (sans bonus individuels) permettent de lutter contre la pauvreté et les inégalités de niveau de vie mais n’ont pas
La reprise d’emploi est-elle toujours rémunératrice? Allègre & Pucci